19/10/2026
La criminalité n’est pas un bloc homogène. Elle s’exprime selon des gradients de fréquence, de structure psychique, de degrés de dissociation, et de mécanismes internes plus ou moins cristallisés. Entre le tueur en série, qui incarne un clivage pathologique profond, et le criminel dit « ordinaire », dont l’acte surgit souvent sous l’effet d’un contexte ou d’un effondrement ponctuel, il existe un éventail de nuances qu’il serait erroné d’ignorer.
Ces deux figures (tueur en série/criminel ordinaire), bien que très différentes dans leurs dynamiques, partagent pourtant un point commun : elles sont les points d’émergence d’une tension plus vaste entre l’individu et son inconscient, entre l’histoire singulière et les mémoires collectives, entre la lumière et l’ombre. L’astrocriminologie, en ce sens, ne les oppose pas : elle les replace sur un continuum, où chaque carte du ciel révèle une forme unique de fragmentation – et parfois, une possible voie de réintégration.
Les serials killers
Dans notre premier ouvrage, conçu comme une introduction à l’astrocriminologie, nous abordons notamment deux figures emblématiques du tueur en série français[1]. Cette catégorie occupe une place singulière dans les archives criminelles comme dans l’imaginaire collectif – non tant par l’accumulation de victimes que par la sidération symbolique qu’elle suscite.
Contrairement aux stéréotypes popularisés par la fiction, les tueurs en série ne se distinguent ni par une intelligence démoniaque ni par un goût sadique[2] de la souffrance. La plupart des experts en psychopathologie l’ont démontré : ils présentent une vie psychique appauvrie, peu investie, dénuée de la richesse fantasmatique que l’on associe volontiers au mal « jouissif ». Ce qui les caractérise véritablement, c’est leur capacité à maintenir un clivage profond et durable entre un Moi adapté – socialement fonctionnel, parfois banal – et un noyau traumatique archaïque, inaccessible à la représentation.
Le clivage leur permet de survivre à une angoisse primitive d’engloutissement, qu’ils projettent sur des victimes devenues exutoires. En répétant le geste meurtrier, ils calment temporairement une terreur sourde, sans jamais pouvoir symboliser ni contenir ce qui en eux échappe à la pensée. La mise à mort devient un dispositif de régulation de la psyché, un acte rituel à visée apaisante, où la victime incarne une part d’eux-mêmes dissociée, blessée, qui tourne en boucle sans jamais pouvoir être ni identifiée ni prise en charge[3].
Contrairement à ce que l’on imagine souvent, tous les tueurs en série ne sont pas contraints à tuer selon un rythme rapproché. Nombre d’entre eux peuvent patienter plusieurs mois, voire un an ou plus, entre deux crimes. Ce délai ne signifie pas une rémission ni un contrôle retrouvé, mais reflète plutôt un apaisement provisoire des tensions internes grâce à la dernière exécution. Le cycle se répète selon un rythme propre à chaque tueur, en fonction de son seuil de fragmentation intérieure, de sa capacité à contenir l’angoisse sans agir, ou encore des circonstances extérieures. Certains, dans l’intervalle, peuvent revivre leur crime de manière fantasmatique, rejouer les scènes en pensée ou à travers des rituels de substitution, jusqu’à ce que la tension devienne insupportable et exige une nouvelle décharge. Cette temporalité particulière témoigne d’un fonctionnement psychique ritualisé, où l’acte meurtrier devient une soupape, et non un besoin constant.
Le cas de Michel Fourniret, tueur en série français, illustre cette logique cyclique : capable d’attendre parfois plus d’un an entre deux crimes, il passait de longues périodes à planifier, fantasmer ou se replonger dans le souvenir de ses actes précédents. La tension montait en lui comme une marée souterraine, jusqu’à atteindre un point de non-retour. L’acte meurtrier, chez lui, n’était pas compulsif au sens immédiat du terme, mais il était inéluctable – répondant à une nécessité intérieure aussi lente que profonde.
Sur le plan astrologique, on peut établir une analogie avec le cycle de Pluton, planète des profondeurs, des processus lents, invisibles mais irréversibles. Pluton agit dans l’ombre, creuse, ronge, jusqu’à ce que le refoulé éclate sous forme de crise ou de transformation radicale. C’est une planète de compulsion silencieuse, dont l’action est souterraine mais déterminante. Le tueur en série fonctionne à l’image de Pluton : son besoin de décharge n’est pas permanent, mais cyclique ; il monte lentement, jusqu’à la phase de saturation.
Les tueurs en série représentent, à bien des égards, le paradigme contemporain du mal. Daniel Zagury[4] a brillamment déconstruit les fantasmes de toute-puissance que l’on projette sur ces figures dans son ouvrage de référence, L’énigme des tueurs en série[5]. L’expert psychiatre rappelle que ces « ratés absolus de l’existence », loin d’être des incarnations du diable, sont souvent des êtres carencés, psychiquement désorganisés, incapables d’élaborer leur souffrance autrement que par la destruction.
Éclairer les lignes de force qui sont communes à la psyché de ces criminels récidivistes ne relève pas d’une simple volonté classificatoire. C’est aussi un moyen d’anticiper certains comportements destructeurs, mais surtout de comprendre à quel point la psyché humaine est vulnérable face aux fractures précoces. Ce qui différencie fondamentalement ces profils n’est pas une vocation au mal, mais l’impossibilité de traiter l’effondrement psychique autrement que par l’extériorisation violente. Cela n’exclut pas, dans certains cas, la surimposition de phénomènes de possession psychique ou énergétique, qui trouvent un terrain propice dans les failles existentielles.
L’économie psychique du tueur en série s’ancre dans une logique multifactorielle : héritage transgénérationnel, traumatismes précoces, empreintes karmiques possibles, faible maturation de l’âme, identification à des archétypes collectifs sombres, ou submersion par l’inconscient familial. Autant de dynamiques complexes que seule une analyse rigoureuse du thème astral peut commencer à déplier.
L’astrologie, lorsqu’elle est utilisée comme outil d’exploration de l’inconscient, permet d’éclairer les compensations mises en œuvre, de repérer les points de rupture où s’origine la violence, de situer les patterns psychiques favorisant le clivage identitaire. Elle ne dit pas le « pourquoi » définitif, mais elle révèle les zones de fragilité, les tensions fondamentales, les déséquilibres chroniques qui, s’ils ne sont pas reconnus, peuvent générer une désintégration de la structure du Moi – jusqu’à ce que celle-ci cède sous la pression de forces intérieures devenues insoutenables.
[1] Patrick Tissier et François Vérove alias « le Grêlé ».
[2] Exception faite pour une catégorie de tueurs en série particulièrement pervers et d’une extrême rareté.
[3] Voir notre chapitre IV sur la Psychologie des tueurs en série.
[4] Le Dr Daniel Zagury est psychiatre des hôpitaux, expert auprès de la cour d’appel de Paris et spécialiste des profils criminels extrêmes, notamment des tueurs en série. Il a notamment expertisé Guy Georges, Patrice Alègre, Michel Fourniret ou encore Pierre Chanal.
[5] Daniel Zagury, L'énigme des tueurs en série, avec la collaboration de Florence Assouline, Paris, Plon, 2008.