02/10/2025
Dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, au cœur du village de Cagnac-les-Mines, dans le Tarn, une jeune infirmière de 33 ans s’évanouit dans l’ombre. Delphine Jubillar disparaît sans laisser de trace. Son téléphone cesse de borner à deux kilomètres de là. Son mari, Cédric, alerte les gendarmes au matin. Très vite, l’inquiétude se mue en mystère.
Les recherches s’intensifient : battues citoyennes, drones, plongeurs, chiens spécialisés. Mais rien. Pas de corps, pas de scène de crime, seulement quelques indices : une paire de lunettes brisée, une couette lavée au cœur de la nuit, et surtout des cris entendus par des voisines, rappelant une violente querelle. Leur fils, âgé de six ans, confiera avoir entendu une dispute dans la maison au moment où sa mère s’est volatilisée.
Le contexte intime pèse lourd : un couple en instance de divorce, une liaison secrète de Delphine, des tensions financières et conjugales croissantes. Au fil des mois, le soupçon se cristallise autour de Cédric Jubillar. Mis en examen en juin 2021 pour meurtre aggravé, il clame son innocence malgré les indices concordants relevés par les enquêteurs. Trois ans plus tard, aucun corps n’a été retrouvé, mais la justice a tranché : il sera jugé aux assises en septembre 2025, lors d’un procès hors norme, prévu pour durer plusieurs semaines.
L’affaire Jubillar s’impose comme l’un des grands mystères criminels contemporains. À la fois énigme judiciaire, drame intime et polar national, elle expose cette zone grise où l’absence de preuves tangibles se heurte à la conviction des magistrats et des familles. Peut-on rassembler des faisceaux d’indices concluants pour confirmer la culpabilité du prévenu et éclairer la personnalité trouble du suspect ? Cette première partie se concentre sur le portrait de Cédric ; la suite ira investiguer les zones sensibles du thème lors de la disparition de son épouse, et enfin éclairer la dynamique conjugale à travers la synastrie et le thème composite du couple.
Le masque social : Mercure et l’art de séduire
Dans le thème, l’Ascendant en Vierge et la position de Mercure en Balance en maison I définissent la manière dont l’individu se présente au monde : par la parole, la forme et le filtre relationnel. L’Ascendant Vierge signe une apparence minutieuse, une attitude d’observation, une nervosité de surface ; Mercure angularisé en Balance apporte l’art de la mise en scène sociale — séduire, concilier, peser ses mots pour être audible. Psychologiquement, cela donne un acteur social habile, qui sait produire de l’agrément et du contact immédiatement. Plusieurs témoignages judiciaires l’ont confirmé : « Il a une tchatche incroyable, il peut parler des heures » (pièces du dossier, rapport d’audition, 2021).
Ce Mercure possède cependant plusieurs faces. Son trigone à la Lune en Gémeaux (maison IX) renforce l’aisance communicante : la parole est utilisée non seulement pour se présenter, mais pour réguler le lien affectif, nourrir la relation. Cet aspect renforce la fluidité verbale et la capacité à faire lien par l’échange. Dans la dynamique psychique, la parole remplit alors simultanément une fonction de cohésion sociale et de régulation affective : elle consolide les attachements, permet d’amadouer, de séduire, d’argumenter la réalité à son avantage.

Dans le dossier, le lien particulier que Cédric entretenait avec sa mère — malgré l’histoire d’abandon et les placements — trouve un miroir dans cette configuration : la parole a servi de médiation affective là où l’objet (la mère) faisait défaut. Notons que c’est le seul aspect harmonieux de la Lune, et que Mercure sert de débouché de par la maitrise sur le signe qu’occupe la Lune, en offrant à la planète un exutoire harmonique et fonctionnel. Angulaire à l’Ascendant et au nœud sud, on réalise à quel point le verbe constituait chez Jubillard l’outil d’expression privilégié et conscient, ainsi que le dérivatif absolu de ses failles psychiques et émotionnelles.
Mais l’ombre de Neptune en IV, en carré à Mercure, trouble ce schéma. Le carré Mercure–Neptune rend la parole malléable, floue, parfois mythique. Là où Mercure voudrait objectiver, Neptune dissout ; là où il faudrait précision, il y a brouillage. Le verbe floute et on constate fréquemment une prédisposition à des formes de mythomanie inconsciente dans les rapports dissonants entre Mercure et Neptune. « Jubillar, il baratine tout le temps, on ne sait jamais s’il dit vrai », confia un proche (La Dépêche, 2021).
Mercure en tension avec Neptune au Fond du Ciel signe un rapport problématique au réel. Neptune dissout, banalise la limite entre vérité et fiction ; en carré à Mercure, il colore la parole d’une imprécision voire d’une manipulation qui peut ne pas toujours être consciente. Le réel peut être déformé, délibérément ou non, ou sous l’usage répété de stupéfiants, la tromperie envers soi-même et autrui est toujours latente.
L’observation judiciaire souligne des versions changeantes, des non-dits et des contradictions — phénomènes caractéristiques d’un Mercure « brouillé » par Neptune. Par ailleurs, Neptune au Fond du Ciel (maison IV) introduit la thématique du foyer fantomatique, du père ou de la famille qui se dérobe — dont nous reparlerons.
Le masque d’Hermés s’avère donc ici double : aisance verbale et stratégies de dissimulation
La parole comme instrument (séduction, manipulation, facétie sarcastique) peut servir deux objectifs : (1) obtenir un avantage immédiat (calmer l’autre, échapper à une confrontation), (2) réécrire un récit après l’acte. Dans des dossiers domestiques, la capacité à « bien parler » devient parfois une stratégie d’évitement (alibis, mises en scène, instrumentalisation du langage pour brouiller).
Le thème natal montre que Cédric Jubillard possède toutes les ressources verbales pour jouer ce rôle : charme initial, critique acérée et propension au flou. Les faits — versions contradictoires, incohérences — corroborent cette lecture.
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Jupiter, Uranus et l’arrogance dionysiaque
Jupiter en Bélier, au trigone d’Uranus en Sagittaire, amplifie l’assertivité et la propension à la prise de risque psychologique. Jupiter « exagère » ; en Bélier il magnifie l’affirmation de soi, le besoin d’être en action et en position de tête. Uranus, en aspect harmonique, offre la rébellion, l’irruption d’un « je » qui s’affranchit des règles. Ensemble, ils façonnent une posture d’arrogance impérieuse : l’individu se sent investi d’un droit à l’initiative et a du mal à accepter les limites imposées.
Sur le plan psychologique, cette configuration favorise un narcissisme actif : un moi qui souhaite s’affirmer, se prouver, se placer au centre. Mais derrière l’arrogance se cache souvent une sensibilité à la dévalorisation.
On touche ici à une forme d’hybris, cette démesure décrite par les Grecs comme la tentation de dépasser les bornes imposées par l’ordre humain. Mircea Eliade, dans Le Mythe de l’éternel retour (1949), rappelle que l’homme en quête d’illimité « cherche à se hisser au rang des dieux, mais finit par être brisé par ce qu’il a voulu transgresser ». Dans le cas de Jubillar, l’arrogance jupitérienne, exacerbée par Uranus, ne se limite pas à une posture : elle devient un refus viscéral des contraintes, y compris de la séparation conjugale.
En pratique, cette arrogance se traduit par un mépris pour les procédures, une défiance vis-à-vis de la justice, et une posture hautaine face aux enquêteurs. C’est aussi ce qui transparaît dans son quotidien : sarcasmes, critiques acerbes, incapacité à reconnaître ses torts. Derrière cette façade, l’hybris masque en réalité une angoisse profonde : celle de l’abandon.
Dans la dynamique conjugale, Jupiter–Uranus peut jouer comme catalyseur d’une rupture dramatique : face à la perspective de perdre une compagne — et au sens psychique ici, la figure d’attachement — l’individu peut percevoir la séparation comme une atteinte narcissique intolérable. La logique internalisée devient alors : mieux détruire que subir. C’est une piste analytique pour comprendre pourquoi la menace d’un départ peut, dans certains cas, générer une réponse extrême.
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L’amas en maison XII : l’ombre inconsciente
La maison XII est le réservoir des contenus refoulés, des schémas familiaux non intégrés, de l’imaginaire « qui travaille en dessous ». Un amas — ici Soleil, Mars et Vénus en Vierge — signale une concentration notable d’énergie personnelle dans ce registre de l’inconscient. Plutôt que d’exister à ciel ouvert, ces forces se jouent en coulisses.
Le Soleil en XII indique un moi dont la conscience est en partie noyée : l’affirmation du « je » peine à se déployer de façon autonome et transparente. L’individu manque d’un centre de gravité repérable ; son assertivité est souvent masquée, compensée par des stratégies de défense (ici martienne). Vénus en XII signale des liens affectifs problématiques : la relation se nourrit de secret, d’ambivalence, et d’un amour souvent confus, où l’idéalisation et la culpabilisation se côtoient. La tradition évoque des « amours secrets », ce qui est corroborée par les nombreuses infidélités de Cédric Jubillard au sein de son mariage.
Mars, en apex, est le nœud de la figure : il reçoit la tension d’un carré en T, et devient l’organe d’exécution. Mars en Vierge apporte une violence « technique », froide, fondée sur le contrôle et la précision. En XII, cette violence ne se manifeste pas comme une irruption théâtrale : elle se joue sourdement, à huis clos, dans l’intimité. La symbolique de la maison XII accompagne l’idée de dissimulation post-acte : l’agir criminel qui cherche à ne pas être vu, à faire disparaître les traces, à retourner l’autre dans l’ombre.
Psycho-dynamiquement, l’amas en XII traduit un moi fragmenté, dont une part substantielle est « en exil » dans l’inconscient. Les mécanismes de défense dominants — clivage, déni, projection — y trouvent leur terreau. C’est la raison pour laquelle les comportements peuvent paraître incohérents ou contradictoires : l’ego orchestrant l’apparence sociale ignore, ou refuse d’affronter, l’énergie pulsionnelle qui s’accumule dans la XII.
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IV. La Lune assiégée : blessures maternelles et dépendance affective
La Lune représente la matrice des besoins affectifs, la manière dont se tisse le lien primaire. Ici, la Lune en Gémeaux est fortement contrainte par des aspects qui la privent d’une stabilité : carré à Mars (XII) et Neptune (IV), opposition à Saturne-Uranus, quinconce à Pluton, proximité avec Chiron placé dans le même signe et sur la cuspide du Milieu du Ciel, qui renseigne aussi sur la mère selon Liz Greene. L’ensemble compose un tableau d’instabilité affective chronique.
L’opposition à Saturne et Uranus combine deux registres d’abandon : Saturne incarne la carence, la froideur, l’impossibilité de recevoir ; Uranus la rupture, l’imprévisibilité. Le sujet apprend tôt que l’objet d’attachement est instable — il ne peut compter sur le maintien du lien. Le quinconce à Pluton ajoute une charge d’angoisse existentielle : perdre, être dépouillé, être réduit à néant. Le carré Lune–Neptune, enfin, rend l’affect flou : la relation se pare d’illusions, et la réalité affective peut être idéalisée ou subitement rejetée.
Conséquence clinique : la dépendance affective se conjuguera souvent avec un basculement entre idéalisation et dévalorisation — capacité à adorer et à détruire. La compagne devient, à travers la projection, la mère qui peut à la fois nourrir et blesser ; elle se trouve chargée de la réparation impossible. La peur d’être abandonné se manifeste alors par des comportements de contrôle intense (surveillance du téléphone, reproches répétés) et, en cas d’échec de ces stratégies, par l’éruption d’une rage qui cherche à neutraliser la source de la douleur.
Le concept d’« inceste psychique » développé par Paul-Claude Racamier est pertinent ici : il décrit ces situations où l’objet d’amour adulte reçoit la charge émotionnelle du parent, perdant sa singularité. Là où l’amour devrait être objet de reconnaissance mutuelle, il devient terrain de répétition des blessures originelles.
En conclusion, la Lune de Cédric est encerclée par des forces de désorganisation. Cela crée une matrice inconsciente : il projette sur sa compagne l’image de sa mère, oscillant entre dépendance affective et volonté de punition. Le besoin de contrôle, puis la colère destructrice, découlent de cette faille originelle.
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Mars en Vierge, apex du carré en T : le moteur du passage à l’acte
La figure du carré en T (Lune–Neptune en opposition, Mars en apex) est structurante : la tension entre la sphère affective et le chaos des racines se concentre en Mars. Celui-ci, placé en Vierge et en maison XII, apporte une modalité particulière d’agir — méthodique, tatillonne, obsédée par le contrôle. Un Mars « vierge » n’est jamais expressif de manière grandiose : il opère par le reproche, la correction, la mise en défaut, et quand il passe à l’action, il le fait de manière précise et déterminée.
Dans cette configuration, la pulsion d’agir ne trouve pas de voie de symbolisation adéquate : l’affect ne peut être mentalisé (Lune attaquée), la scène familiale est confuse (Neptune IV), et le moi conscient (Soleil XII) manque de ressource. Mars devient alors l’organe d’exutoire, l’équivalent du « symptôme » qui tente de résoudre une tension insupportable. La dynamique typique — accumulation d’humiliations, tentative d’hypercontrôle, panique devant la séparation, explosion — trouve une traduction directe ici.
Du point de vue criminologique, l’étranglement — si l’on se réfère aux hypothèses de l’enquête — est un acte qui témoigne d’un besoin absolu de neutralisation : couper la parole, contrôler la respiration, obtenir la disparition de l’autre comme solution ultime au risque d’abandon. Cela concorde symboliquement avec Mars en XII : une violence qui veut effacer, faire que rien ne reste pour rappeler la blessure.
Ce Mars en Vierge canalise donc la tension des dissonances de la maison 12, avec tout ce que cela comporte de contenus refoulés et inconscients. Ici, la colère est intériorisée, refoulée, puis relâchée sous forme d’explosions violentes. C’est probablement la clé de la brutalité décrite par certains témoins : colères soudaines, menaces verbales, voire étranglement évoqué par le ministère public.
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Soleil en maison XII et Neptune en IV : l’absence paternelle et les fondations dissolues
Dans l’économie symbolique d’un thème, le Soleil renvoie au principe paternel, à l’identité, au sentiment d’un moi central, affirmé et soutenu par une figure d’autorité structurante. Placé en maison XII, le Soleil se trouve d’emblée affaibli, prisonnier d’une zone obscure qui évoque davantage la dissolution, l’isolement ou l’effacement que l’affirmation rayonnante. Dans le cas de Cédric Jubillar, ce positionnement souligne l’absence d’un père réel, figure spectrale qui ne fournit ni appui ni modèle d’identification. L’enfant grandit dans une atmosphère où le père n’est pas incarné, où l’autorité protectrice se délite, laissant le garçon aux prises avec une identité en formation mais sans pilier.
Cette fragilité est renforcée par les carrés que le Soleil forme à Uranus, Neptune et Saturne. Uranus introduit une dimension de rupture, de séparation brutale : le père est soudain absent, imprévisible, coupé du lien. Saturne, quant à lui, rigidifie l’absence en une carence durable, un vide structurant qui installe la dureté, le manque, parfois la honte. Neptune, enfin, achève de brouiller l’image : la figure paternelle n’est plus seulement absente, elle devient diffuse, confuse, presque mythique ou mensongère. Le père réel se dérobe, et l’enfant ne peut construire qu’un reflet trouble, une projection sans consistance.
À cette configuration solaire se superpose Neptune en maison IV, lieu des racines et des fondations psychiques. Liz Greene décrit ce placement comme « une maison aux murs poreux », où l’enfant perçoit le foyer comme incertain, fragile, exposé à la perte. Les fondements intérieurs manquent de solidité : la maison psychique repose sur du sable mouvant. Dans l’histoire de Cédric, cette symbolique se lit dans la situation biographique : un père absent (rupture durable du lien, contact unique rapporté à l’adolescence), une mère trop jeune (15 ans lorsqu’elle accouche de Cédric), des passages en structures d’accueil — autant de facteurs qui façonnent une fondation vacillante.
La conséquence psychique est majeure : le développement d’un moi stable — cette capacité à tolérer la frustration, à accepter les limites et à intégrer la perte — est sérieusement compromise. Privé de repères internes solides, l’individu apprend à se soutenir par des comportements extérieurs : séduire pour obtenir de l’attention, commenter ou critiquer pour s’affirmer, rester constamment actif pour éviter le vide intérieur. L’ego demeure vulnérable et perméable, incapable de séparer clairement ses besoins et émotions internes de la réalité qui l’entoure. Cette carence de « limites internes » produit une difficulté essentielle : face à la perte ou à la frustration, il ne peut les intégrer symboliquement — c’est-à-dire les accepter, les penser ou les transformer intérieurement — et réagit exclusivement par des actions immédiates, concrètes et parfois impulsives, qui visent à contrôler, réparer ou neutraliser la menace ressentie.
Psychodynamiquement, l’absence paternelle nourrit plusieurs réactions possibles :
Surcompensation narcissique (grandiose prise de place), retrait et isolement, colère intériorisée et retournée contre l’objet proche. Chez Cédric, l’observation du thème et les éléments biographiques convergent vers une combinaison de ces réponses : posture arrogante en surface, sensibilité à la dévalorisation et tendance à la révolte interne.
Sur le plan criminologique, un moi peu élaboré et sans limites intérieures offre peu de freins au passage à l’acte. Là où l’individu doté d’un surmoi structuré peut tolérer la douleur d’une séparation, celui dont l’appareil identitaire est fragile va chercher des solutions immédiates et performatives pour résoudre l’angoisse : contrôler l’autre, réduire sa liberté, empêcher la séparation par la neutralisation.
C’est ici que la symbolique du Soleil XII, croisée à Neptune IV, éclaire la logique tragique d’un acte qui vise à figer l’objet et à dissoudre la menace de perte.
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Neptune en IV et le chaos transgénérationnel
Neptune en IV ne se contente pas de brouiller la mémoire : il installe un climat d’incertitude ontologique au cœur du foyer. L’enfant perçoit le domicile comme instable, la figure parentale comme changeante. Cette imprécision engendre une angoisse de base : « où est-ce que je m’appuie ? » Au lieu d’être appuyé par une présence paternelle stable et une mère contenante, l’enfant rencontre des silhouettes fuyantes, des promesses non tenues, des protections qui ne tiennent pas.
La jeune mère absente, l’absence du père et les passages en foyer ont laissé des zones d’ombre où le fil des origines se perd. Ce qui aurait pu s’inscrire comme une narration claire, symbolisable et structurante — l’histoire de la famille, des limites et des valeurs transmises — devient un champ d’illusions et d’incertitudes. Dans ce contexte, l’enfant se trouve privé d’un repère concret pour penser ses expériences, et ne peut transformer les événements de son enfance en récit cohérent : il y a, en quelque sorte, un « trou » narratif dans sa mémoire affective, une absence de fil qui éclaire la chaîne générationnelle.
Cette carence se prolonge dans ses tentatives de constituer un foyer. Le projet de maison qu’il a commencé et jamais terminé illustre cette incapacité à stabiliser un cadre concret pour lui-même. Si Cédric pouvait se montrer tyrannique, exigeant et parfois violent envers son fils — reflétant un contrôle externe strict (Mars apex en vierge, carré Lune) — il restait incapable de structurer sa propre vie intérieure : dépendance au cannabis, instabilité, incapacité à se limiter. Ainsi, le vide interne de sa narration personnelle se traduit non par un manque d’autorité sur les autres, mais par un défaut de contrôle et de cohérence envers lui-même.
Le carré Neptune–Mercure révèle cette difficulté : face à l’incertitude et à la perte, il réagit par des actions concrètes et immédiates plutôt que par l’élaboration symbolique, reproduisant inconsciemment le chaos originel dans ses relations conjugales.
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Synthèse : compulsion, abandon et meurtre
Rassembler les fils conduit à une image nette : le thème articule la conjonction d’une faille narcissique profonde (Soleil XII + Neptune IV), d’une Lune traumatisée et projective, d’un Mars apex animé par une colère méthodique, et d’un Mercure capable de brouiller le discours. Ces éléments ne « prouvent » pas un acte ; mais ils composent un paysage psychique susceptible de conduire à une réponse extrême face à la menace de perte.
La logique psychique peut se résumer ainsi : l’enfant sans socle — l’adulte sans limite — craint plus que tout d’être dépossédé ; il développe des stratégies de contrôle ; quand celles-ci échouent, l’émotion archaïque se déchaine ; Mars applique alors une solution définitive ; la maison XII permet la dissimulation. Le meurtre, s’il a eu lieu, apparaît moins comme une explosion gratuite que comme la résolution tragique d’un conflit originaire jamais symbolisé. Ce n’est pas la « justification » du crime : c’est la compréhension de son sens psychique.
Ainsi, Cédric Jubillard, au lieu d’élaborer la frustration par l’introspection ou la parole, a recourt à des stratégies concrètes — activité maniaque, critiques incessantes, séduction verbale, consommation de cannabis. Lorsque ces défenses échouent, la seule solution reste l’explosion : passage à l’acte, colère, violence et probablement le meurtre.